Comment aborder un heads-up
La forme la plus agressive du poker
A chaque fois que vous faites un duel, c'est la même chose. Vous n'avez aucune main jouable et votre adversaire semble, lui, être dans un rush interminable. Votre tapis fond à vue d'oeil et alors qu'arrive votre première paire de dames, vous vous rendez compte qu'il ne vous reste plus rien. Manque de chance ? Il n'en est rien. Lisez ce qui suit et vos duels vont vous paraître un jeu d'enfants.
Au poker, à chaque type de confrontation convient une stratégie bien particulière. Que vous soyez en cash game, dans un tournoi multi-tables sur internet ou en
sit-and-go, bien que les règles soient les mêmes, vous devez adapter votre style de jeu. Certains d'entre vous se rappelleront peut-être la fameuse partie de Gus Hansen lors du tournoi Poker Superstars III. Il avait calculé que dans ce type de tournoi, il était rentable d'aller à tapis à toutes les mains (sans même les regarder !), puisque la structure était telle qu'il fallait risquer de tout perdre dès le début pour maximiser ses chances de finir premier, afin d'accéder à la grande finale.
Le duel est un type de confrontation bien particulier. Alors que dans les autres situations de jeu, vous pouvez vous coucher assez souvent sans être engagé dans le pot, en duel, vous payez systématiquement la blind et vous ne pouvez plus attendre passivement qu'un joueur se fasse éliminer avant vous. Qu'il s'agisse d'une partie en duel ou d'une finale de tournoi, c'est à vous de prendre les choses en main pour ne pas vous faire sortir. Et votre adversaire le sait.
Le duel : la forme ultime de table short-handed
Les tables
short-handed sont des tables où le nombre de joueurs est réduit. Il peut s'agir des phases finales d'un tournoi, ou bien d'un sit and go une fois les premiers joueurs sortis.
La sélection de vos mains et votre agressivité à la table doivent s'adapter au nombre de joueurs à la table. A une table à 11 joueurs, à moins d'avoir une montagne, il est recommandé de ne pas s'engager dans le pot. Par contre, à une table de 4 joueurs, il devient nécessaire de relancer avec des mains telles que A3 dépareillée. En effet, plus le nombre de joueurs est restreint, plus les blinds arrivent vite et moins il y a de chances que vous soyez face à une grosse main.
Prenons un exemple. Vous êtes à une table de onze joueurs. Le dealer distribue onze mains, donc onze combinaisons aléatoires de deux cartes. Dans un jeu de 52 cartes, il y a 1326 mains de départ possibles, et 6 façons de distribuer une paire servie. Il y a donc 18 chances sur 1326 pour que vous ayez une des 3 paires servies QQ, KK ou AA. Dans notre exemple, nous avons onze joueurs. Il y a donc 180 chances sur 1326 qu'un de vos dix adversaires ait une paire servie au-dessus de la paire de valets, soit une chance sur 7 environ. Par contre, dans une table à quatre (donc avec trois opposants), vous avez 54 chances sur 1326 soit une chance sur 25 de vous retrouver contre une grosse paire servie.
Le duel est la forme de poker la plus
short-handed que vous puissiez trouver. C'est à dire que vous êtes toujours de blind et que votre adversaire, comme vous, doit enchaîner les mains médiocres. Vous avez donc intérêt à revoir vos standards à la baisse si vous ne voulez pas que votre conservatisme vous coûte la première place. Autrement dit, alors que vous jetiez allégrement A8 en premier de parole au début d'un tournoi, vous vous devez de jouer des mains comme 85 pareillée, K3 dépareillée. Les paires intermédiaires sont devenues quant à elles des mains de premier choix.
Heads-up : le rapport de force
En fait, il ne s'agit pas seulement d'être moins conservateur au niveau de ses mains. Il faut que vous soyiez hyper-agressif, que vous mettiez systématiquement la pression sur votre adversaire. Lui ne se gênera pas. Plus question donc de soigner son image à la table en couchant des mains moyennes pour donner l'impression de jouer
tight. Non seulement il va falloir tenter de voler les blinds adverses, mais vous devrez aussi protéger les vôtres.
Après le flop, il faudra attaquer les tirages, surrelancer quand vous aurez touché
middle pair, en clair, il faudra harceler votre opposant.
LE DUEL EST UNE BATAILLE PSYCHOLOGIQUE AVANT TOUT
Plusieurs points sont toutefois à observer quand vous abordez un duel. Tout d'abord la taille des tapis. Si vous arrivez en heads-up à la fin d'un tournoi, il y a fort à parier que vos tapis ne soient pas les mêmes. Si vous avez un avantage clair, c'est vous qui allez mener la danse. Vous pourrez lui envoyer son tapis sans risquer de sortir du tournoi.
Il faut ensuite voir comment joue votre adversaire. Bien qu'il soit extrêmement difficile de lire la main de votre adversaire en duel, il y a d'autres informations qui ne doivent pas vous échapper. Par exemple, si vous relancez à la petite blind, accepte-t-il de se coucher ou envoie-t-il systématiquement son tapis ou une grosse surrelance ? Est-il du genre à s'accrocher à un coup par une suite de
flat calls ? Semble-t-il donner du crédit à vos relances ou part-il du fait que vous ne pouvez jamais avoir une seule main valable ? Repérez aussi le type de joueur prévisible qui va toujours payer juste et
slowplayer ses bonnes mains et qui relancera à chaque fois qu'il aura une main de piètre qualité.
Une autre variable importante est le rythme du duel. Vous devez essayer d'imposer votre rythme pour induire le maximum d'erreurs de la part de votre adversaire. Beaucoup de joueurs débutants ne se rendent pas compte qu'ils se laissent entraîner par le rythme de leur adversaire plus chevronné et qu'ils cumulent les erreurs dûes à la précipitation. N'hésitez pas à casser le rythme de votre opposant. Il veut jouer vite ? Prenez tout votre temps pour évaluer la situation. En plus de vous permettre de réfléchir, le joueur qui vous fait face peut avoir l'impression que le duel ne finira jamais.
La bataille ici est avant tout d'ordre psychologique. Vous devez "jouer le joueur" et non les cartes. Celles-ci importent moins qu'on peut le penser.
Quelques conseils
Avant de vous lancer tête baissée dans les duels, voici quelques règles qui permettent de mieux aborder ce type de confrontation.
- Relancez presque toujours à la petite blind quoi que vous ayiez en main. L'avantage ? Remporter quelques blinds sans résistance et prendre l'ascendant sur votre rival. Si vous êtes payé, vous aurez la position après le flop.
- Ne jamais se coucher à la petite blind. Votre adversaire ne doit pas penser qu'il peut vous soutirer de l'argent sans rien faire. Surtout, vous aurez toujours les pot odds contre un adversaire seul avec une main aléatoire.
- Soyez agressif mais ne craquez pas. On confond souvent agressivité et folie pure. Vous devez essayer d'arracher les pots sans opposition. Bien entendu, cela n'arrivera pas souvent, alors gardez-vous de trop vous impliquer dans un coup que vous voudriez arracher à tout prix.
- Ne pensez pas que votre adversaire n'a jamais rien. La qualité des mains descend drastiquement en duel. Cela ne veut pas dire que votre adversaire n'a
que des mains injouables. Ce n'est pas parce que vous êtes en duel que votre adversaire ne peut pas toucher une jolie paire de K servie.
Les duels sont au poker ce que les courses de dragster sont à l'automobile. Il ne s'agit plus de faire des analyses poussées et en finesse des mains potentielles de son adversaire ni de jeter ses mains en attendant le moment propice. Le duel nécessite une agression constante ainsi qu'un minimum de jugement pour savoir quand lâcher un coup. Sachez tirer le maximum de vos rares bonnes mains et arrachez des petits pots avec les autres. Si vous partez sur ces bases, vous constaterez que la première place n'est pas si difficile à atteindre !
HLF
[ en discuter sur le forum ]