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Première partie de razz

Petit ring-game en ligne


Partant de l'idée que le poker, ce n'est pas que le Texas Hold'em, je parcoure les différentes variantes disponibles sur mon logiciel de poker en ligne (le logiciel qui a l'as de pique comme logo). Razz, badugi et deuce-to-seven sont autant de noms exotiques qui attisent toujours ma curiosité. Ayant déjà expérimenté le deuce-to-seven Triple draw lowball, au grand dam de ma bankroll, je décidai de me lancer dans une partie effrénée de razz.

Connaissant les règles du jeu et avec un arsenal stratégique de base en poche, il me fallait trouver une table pas trop onéreuse pour prendre mes marques. Une table de cash-game (partie en argent, en opposition aux tournois) à 0,04 $ - 0,08 $ fera parfaitement l'affaire. Je prends place avec un buy-in de 6 $, suffisant pour tâtonner une bonne heure et expérimenter quelques coups.

Arrivée à la table

Première surprise : le razz se joue en limite fixe, c'est à dire que vous ne choisissez pas le montant de vos relances, vous ne pouvez que rajouter une "unité de relance" ou égaliser la mise adverse. La différence avec le pot-limit ou le no-limit est énormissime. En effet, au no-limit, chaque main que vous jouez peut vous faire tout perdre, vous pouvez tenter des stone cold bluffs en arrosant la table et vous pouvez mettre la pression aux autres joueurs si vous avez un tapis imposant. Ici, en limit, le bluff est quasi-inexistant et vous vous retrouvez souvent à miser un dixième du pot voire moins, parce que vous ne pouvez tout simplement pas mettre plus. Il y a fort à parier qu'un joueur agressif comme moi, adepte des grosses continuation bets au hold'em, en pâtisse beaucoup.
Autre détail, le razz se jouant à 7 cartes, le nombre maximum de joueurs à la table est de huit. La question que je me pose immédiatement est la suivante : si tout le monde suit jusqu'à la dernière carte, comment fera-ton pour servir les deux derniers joueurs ? (8 fois 7 = 56, un paquet de cartes en contient 54)

On joue ?

C'est parti ! On s'acquitte tous de l'ante à 0,01 $ et le distributeur de sa tâche. Pour ceux qui ne connaissent pas le stud, je précise que les cartes fermées (donc non-visibles des autres) sont notées entre parenthèses. Ma première main est une montagne pour le seven-card stud : (Q-Q)-A. Malheureusement, nous sommes au razz, où c'est la combinaison la plus basse qui gagne : je me couche donc gentiment et en profite pour regarder un peu comment les autres jouent. J'en vois se coucher quand on envoie le dixième du pot, ce que vous verrez très peu dans le no-limit hold'em ! Le pot grossit au rythme du limit, c'est à dire petit à petit et de manière contrôlée - une bonne chose, je ne tiens pas à perdre mes 6 $ avant d'avoir pu jouer quelques mains.

Quelques tours plus tard, j'ai une assez bonne main de départ pour le razz, trois cartes basses entre l'as et le 8 : (A-8)-2. Je vais pouvoir faire une relance colossale à 0,04 $... suivie par 4 joueurs. Je reçois ma deuxième carte ouverte, un autre 8 qui m'ennuie profondément car il me fait une paire. Mais on est au stud, mes adversaires ne savent pas que c'est mon deuxième huit, mais ils m'ont vu relancer au premier tour, et ils ont aussi pu voir que j'avais reçu à nouveau une petite carte : je pourrais très bien avoir déjà 4 cartes basses et être favori. Un check devant moi et écoutant mon tempérament plus que mon expérience, je décide d'envoyer à nouveau 8 cents sur un pot qui en contient déjà 26 (n'oublions pas qu'en cash games, le dealer prend une commission sur chaque pot). Deux joueurs se couchent et deux autres paient. Ma cinquième carte est un vilain J de carreau qui, non seulement n'arrange pas la qualité de mon jeu qui devient médiocre de minute en minute, mais qui en plus m'ôte toute crédibilité face à deux adversaires que mes mises ne font pas coucher. On envoie alors 0,08 $ immédiatement relancé à 0,16 $ et je n'ai plus rien à faire dans cette main.

Une fois couché et en suivant le déroulement du coup, je me rend compte que je n'ai pas porté d'attention particulière sur les cartes ouvertes des adversaires : une erreur fatale au razz et dans n'importe quel stud ! Les cartes ouvertes ne servent pas qu'à donner des indications sur la main potentielle d'un joueur : elles sont un outil indispensable au calcul de vos outs et permettent d'ajuster avec une certaine précision les potentialités de votre propre main. En effet, si vous démarrez avec, mettons (A-7)-8, vous espérez recevoir deux cartes basses entre l'as et le 7. Or, au premier tour, avant même que les joueurs puissent se coucher ou miser, vous avez déjà une mine d'informations à votre disposition : la carte ouverte des huit joueurs à la table. C'est comme si au hold'em, vous mettiez les 8 premières cartes du paquet face visible en disant "on ne jouera pas avec ces cartes". Croyez-moi, huit cartes sur 54, ça fait une sacrée différence. Dans notre exemple, l'idéal serait de voir dans les cartes adverses des 7 et des 8, même des A (vous aurez moins de chances de faire une paire) et surtout pas des 2, 3, 4, 5 et 6, qui vous enlèveraient autant d'outs.

Une main décortiquée

Je retourne à la table les idées plus claires et, après quelques mains de piètre facture comme (9-9)-J ou (A-10)-Q, je repars sur de bonnes bases avec une main sans As, mais qui n'en est pas moins bonne pour autant : (5-7)-3. Cette fois, je jette vite un coup d'oeil aux autres cartes : 7, 7, 10, Q, A, 3, 2. Très intéressant ! Je sais déjà que :

++ j'ai très peu de chances de tirer un deuxième 7 et moins de chances de tirer un deuxième 3
-- j'ai moins de chances de tirer un A ou un 2, qui étaient mes meilleurs outs

Le joueur à la dame met le bring-in, 0,02 $, relancé à 0,04 $ par l'As puis suivi par le joueur au 3, je calle ainsi que l'un des 7. Pourquoi caller juste ? C'est une bonne question et je ne suis pas sûr de pouvoir y répondre avec exactitude. J'avais eu le sentiment sur les dernières mains, que même avec un bon jeu de départ, on finissait souvent par avoir un jeu très moyen, Q haute ou une petite paire. Je voulais voir la quatrième carte avant de m'engager plus dans le pot. J'avais déjà perdu près d'un dollar en tentant un bluff, mal senti comme nous étions en limit et vu que mon adversaire voyait les 2 tiers de mon jeu. J'avais aussi ouvert avec des mains très marginales, pour jouer un peu et commencer à apprendre les finesses du razz. Le dealer me sert la quatrième carte sur un plateau d'argent : (5-7)-3-2. Je ravalais vite ma joie pour rester concentré ; je devais rester attentif aux cartes que le distributeur avait donné aux autres :

-- un 6 au joueur qui avait un As, ce qui m'enlevait à nouveau un out et lui donnais probablement un très bon jeu
++ un deuxième 3 pour le joueur à ma gauche, très bon pour moi et mauvais pour lui
+ un J pour le joueur au 7 qui, je sens, va bientôt nous quitter.

Un bilan assez positif, mais le joueur à ma gauche et moi-même décidons de laisser notre plus sérieux concurrent prendre le choix entre miser ou checker. Il mise, je paie, et nous nous retrouvons face à face. Le distributeur fait son office et nous voilà, (5-7)-3-2-Q contre (x-x)-A-6-K. Cette fois, je mise pour savoir si mon adversaire veut relancer au-dessus de moi ou juste payer - je trouve le limit de plus en plus obscur sur ce point, une mise d'un joueur peut vouloir dire tellement de choses ; s'agit-il de faire grossir le pot, décourager des tirages, poser une question ? En payant juste, mon adversaire me signifie qu'il n'a pas une montagne. De toute façon, je suis largement devant, j'ai déjà un jeu fait. Mais ça, il n'est pas censé le savoir.

Sixth Street, un 10 améliore mon jeu, mais trop légèrement à mon goût. Mon adversaire, quant à lui, se délecte d'un joli 4 qui m'aurait bien plu. Mais curieusement, il checke. Comme on est en limit, ce n'est sûrement pas un check raise destiné à me soutirer 8 centimes en envoyant une grosse relance derrière ! Je mise donc 8 centimes et mon adversaire paie encore. Vu qu'il a relancé au premier tour, il a peut-être deux cartes basses dans ses deux premières cartes auquel cas je suis sûr d'être battu. Mais il peut très bien avoir tenté de récupérer les antes, comme sa carte visible était un A. Une idée lumineuse me vient : essayer de deviner quelles sont les deux petites cartes cachées qui le feraient gagner le coup à ce stade, en utilisant les infos que j'ai eues auparavant :

- il a un A, un 6 et un 4, ce qui enlève d'office ces trois cartes qui lui feraient une paire
- il est déjà tombé trois 7, trois 3, peu de chances qu'il ait la quatrième
- il est tombé deux 2 et j'ai un 5 en main ce qui diminue légèrement ses chances d'avoir un 2, mais qui ne diminue pas de beaucoup ses chances d'avoir un 5. Donc, pour me battre à ce stade, il devrait avoir 8 et 5 ou 8 et 9 (je bats déjà 8 et 10). Je pense que je suis devant, malgré son 4, ce qui donne du sens à son check-call.

Dernière carte, fermée, je reçois une Q, autant dire que c'est comme si le dealer avait directement jeté ma dernière carte à la poubelle. Mon adversaire checke, avec mon 10 haut je mise, il paie et montre (6-8)-A-6-K-4-(10), c'est à dire 10-8-6-4-A qui n'est pas loin de mon 10-7-5-3-2. Je gagne la main, la valeur d'une main de razz étant définie par la plus haute carte des cinq sélectionnées. Je pense que si mon adversaire avait reçu une dernière carte au-dessus du 10, il n'aurait pas payé. J'ai donc eu un peu de chance, d'autant que j'avais deux bonnes cartes dissimulées (5-7)-3-2-Q-10-(Q)





J'ai bien dû jouer une heure et demi et n'ai perdu que 50 centimes, un résultat honnête pour une première approche. Je retiens plusieurs points de cette première expérience. Le razz est un jeu qui nécessite un raisonnement et une concentration de tous les instants, chaque carte distribuée doit vous permettre d'ajuster vos estimations, pour connaître l'éventail de mains que pourraient avoir vos adversaires. Il est extrèmement difficile de bien jouer une main si vous ne l'avez pas suivie du début, et si vous ne vous remémorez pas les cartes des joueurs sortis du coup. Mon seul regret est que le razz ne soit jouable qu'en limit, du moins sur les deux plus grands logiciels de poker en ligne du moment. En effet, il est impossible de sortir du coup quelqu'un qui a une main avec de bons tirages si vous avez une main correcte déjà faite. De plus, il n'y a pas le même rush d'adrénaline qu'au poker no-limit. Enfin, il est encore plus difficile de passer à une variante pour le moins originale du poker quand le système de mises (le limit) change du système auquel la plupart des joueurs sont habitués (le no-limit).

Toutefois, je recommande à tous les joueurs, bons ou mauvais, d'expérimenter le razz au moins une fois. C'est un jeu très intéressant et qui dépayse beaucoup quand on joue souvent au hold'em. De plus, les plus grandes salles de poker sur internet proposent des tables pour tous les budgets ; vous pouvez jouer à un jeu que vous ne connaissez pas bien sans risquer de vous ruiner. Laissez-vous tenter !

HLF



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