Blinds : 25-50
Table : 2 joueurs
Lieu : internet
Position : bouton
Main : A8
Vous avez relancé de manière quasi-systématique au bouton avant le flop et au flop quand vous aviez la position. Votre adversaire a tendance à faire beaucoup de flat calls. Vous êtes au bouton, avec en main A8. Que faites-vous ?
Avis des Cahiers du Poker :
Dans un tournoi sit-and-go à 9, A8 dépareillée serait une main de bien faible facture. Par contre, en duel, c'est une montagne. Vous avez de bonnes chances d'avoir la meilleure main. Certains pourraient tenter de caller juste pour piéger et remporter le pactole si un A apparaît au flop. C'est une technique qui n'est pas mauvaise en soi, mais dans cette situation plusieurs facteurs écartent cette possibilité. Tout d'abord, vous avez relancé à chaque fois que vous étiez au bouton. Le fait de juste payer éveillera sans aucun doute la méfiance de votre adversaire. Aussi, les blinds sont peu élevées par rapport à vos tapis. Comme vous avez une bonne main, vous avez tout intérêt à faire grossir le pot avant le flop. Enfin, votre main, bien qu'attrayante, n'est qu'une main A carte haute. Si votre adversaire a une main médiocre, autant ne pas le laisser toucher gratuitement une paire improbable au flop. La relance s'impose.
Le joueur au bouton fait une relance standard de 150.
Votre adversaire surrelance alors à 400. Quelle est votre décision ?
Avis des Cahiers du Poker :
Que signifie cette surrelance ? Vous relancez presque toujours au bouton, votre adversaire peut avoir décidé que c'était le moment d'y mettre le holà. Dans ce cas, il pourrait avoir n'importe quelle main, de K9 à J5 pareillée. Mais c'est un joueur qui a une tendance générale à caller. Cette surrelance avant le flop pourrait fort bien indiquer une certaine force. Toutefois, en duel, les joueurs ont plutôt tendance à vouloir piéger avec des mains énormes. On peut donc probablement écarter les grosses paires servies AA, KK, QQ. Votre adversaire pourrait soit avoir une petite paire servie, et ne pas avoir envie de voir apparaître des overcards au flop, soit avoir une main de type Ax, reste à savoir si votre kicker est meilleur. D'autres mains comme KQ, J10 pareillée auraient sans doute préféré caller pour voir un flop. Voyons maintenant la cote que vous offre le pot. Le pot contient 550 et il vous faut mettre 250 pour continuer, vos pot odds sont donc environ de 2 contre 1. Vous pouvez caller et voir ce qu'il se passe au flop. Toutefois, vous avez un tapis bien fourni, vous pourriez mettre la pression au joueur d'en face en faisant à votre tour une surrelance. Envoyer le tapis n'est pas exclu, mais cette approche ne vous laisse pas de porte de sortie. Une surrelance à 1400 le ferait sortir du coup s'il n'a pas une montagne, et s'il envoie le tapis derrière, vous pourrez aller gentiment vous coucher. Caller ou surrelancer sont deux options qui se valent. Se coucher semble être une attitude trop conservatrice avec A8 en duel et au vu de votre réputation de relanceur fou. Caller a l'avantage de contrôler la taille du pot en cas d'accident (A8 contre AJ par exemple), surrelancer vous donne plus d'informations et la chance de remporter le coup illico.
Le joueur au bouton paie 250 de plus. Le pot est à 800.
Flop :
A 3 9 Vous faites face à une mise de 400. Fold, call ou raise ?
Avis des Cahiers du Poker :
C'est un bon flop pour vous : vous venez de toucher top paire et votre kicker n'est pas médiocre. Vous aviez décidé de caller pré-flop, une option raisonnable, mais vous manquez maintenant d'une information cruciale : votre adversaire a-t-il aussi un A ? Miser la moitié du pot pourrait très bien être une tentative d'arracher le pot avec un tirage couleur. Cette mise peut aussi représenter un A touché au flop, ou un 9, voire un 3 - n'oublions pas que nous sommes en duel et que la qualité des mains est revue à la baisse. Vous ne pouvez décemment pas vous permettre de coucher une paire d'As en duel avec un flop aussi peu dangereux. Si votre adversaire a mieux que vous, c'est à vous de lui poser la question. S'il n'y avait pas eu tant d'action pré-flop, vous auriez pu faire un flat call pour ferrer votre adversaire. Cette fois-ci, la relance s'impose : il s'agit de définir votre main. Si votre adversaire vous surrelance à nouveau, vous risquez d'avoir une décision difficile à prendre mais vous saurez au moins que vous êtes contre une main de premier choix. Vous avez de bonnes chances d'avoir la meilleure main, mais le tirage couleur sur le flop devrait faire pencher la balance en faveur d'une relance.
En fait, le joueur décide de payer les 400. Le pot est à 1600.
Turn :
5 Votre adversaire checke. Et vous ?
Avis des Cahiers du Poker :
C'est une très mauvaise carte pour vous. En dehors du fait que si votre adversaire vient de toucher son tirage couleur vous êtes maintenant drawing dead, le 5 rajoute encore une possibilité de double paire si vous étiez contre une main du style A-petit kicker, et une possibilité de brelan si votre adversaire avait une paire de 5 servie. En fait, soyez conscient que très peu de mains crédibles vu la situation ne vous battent pas. Vous pourriez soit checker pour limiter la casse, soit relancer pour poser une question à votre adversaire. Il est vrai qu'en duel, on peut prendre moins au sérieux les relances de ses adversaires par rapport à une situation de tournoi. En effet, en heads-up, l'agressivité est le maître mot. Comme vous n'avez pas réussi à définir votre main au tour d'avant, c'est maintenant ou jamais, le check de votre adversaire peut très bien représenter une faiblesse, il se peut même qu'il vous ait vu vous-même sur un tirage carreau. Le pot est à 1600, je recommanderais une mise des 2 tiers du pot, aux alentours de 1000. N'oubliez pas que votre adversaire pourrait avoir un carreau dans sa main, ça serait dommage qu'il vous batte à la river si un quatrième carreau sort.
Vous relancez à 550, votre adversaire paie.
River :
J Votre adversaire checke. Et vous ?
Avis des Cahiers du Poker :
Votre relance à 550 était bien trop faible, votre adversaire n'avait que 550 à rajouter dans un pot de 2150, autant dire qu'à moins d'être en bluff total avec une poubelle sans potentiel, il allait payer. Mais si vous partiez du fait que votre A était bon, cette mise pouvait constituer ce que l'on appelle un pot sweetener, une mise destinée à faire grossir le pot. Si votre A était peut-être bon à la turn, le quatrième carreau sur le tableau devrait vous inciter à checker derrière lui. Il y a de bonnes chances qu'il ait un carreau dans sa main, mieux vaut checker et passer tout de suite au showdown, plutôt que de risquer un check-raise. Checkez.
Vous checkez. Votre adversaire montre 22 et emporte le pot de 2700 avec sa couleur.
Résumé de la main
Conclusion
Avoir suivi tout une main avec une paire de 2 en main peut vous sembler une manière médiocre de jouer. Mais si on étudie les mises de votre adversaire, il n'a pas vraiment fait d'erreur ici. Vous avez relancé avant le flop, considérant que vous relanciez tout le temps, et que votre adversaire ne voulait pas voir des overcards sur le flop (ce qui arrive toujours quand on a une paire de 2), sa surrelance paraît tout à fait justifiée. Ensuite, la mise de 400 au flop était une continuation bet standard de la moitié du pot, destinée à la fois à tenter de vous arracher le pot et à voir si vous aviez touché quelque chose. C'est d'ailleurs au flop que tout s'est joué, quand vous avez fait un flat call.
On ne peut pas dire que vous ayez fait une erreur : flopper paire d'As en duel est une situation qui n'arrive pas souvent et dont il faut tirer le maximum, le fait de caller permettait de garder votre adversaire dans la main tout en faisant grossir le pot. A la turn, votre adversaire checke, ce qui est justifié vu sa main et vu que sa tentative de s'approprier le pot au flop n'a pas fonctionné. Seule véritable erreur de votre part : la très faible mise à la turn. Avec trois carreaux sur le tableau, et comme vous n'en aviez pas en main, il devenait périlleux d'appâter votre adversaire avec une petite mise. Quant à votre adversaire, le 5 lui a donné de très bons tirages : il avait un tirage quinte flush par le ventre, tirage couleur et un 2 lui permettait toujours de vous battre. Votre adversaire avait alors 32% de chances de gagner le coup à la river, il avait donc très largement les pot odds même s'il est vrai que sa couleur aurait été particulièrement faible. C'est d'ailleurs ce qui explique son check à la river : il avait la pire flush possible.
C'est un mauvais concours de circonstances, vous avez peut-être manqué de chance à la river, mais il ne faut pas négliger que vous auriez pu remporter illico le pot à 2 reprises : au flop en relançant alors que vous étiez à peu près sûr d'avoir la meilleure main, et à la turn où une plus grosse relance aurait sûrement fait couché votre opposant. A posteriori, on peut aussi dire qu'une grosse relance à la river aurait fait couché votre adversaire, mais vous ne pouviez pas le mettre sur une paire de 2 avec un 2 de carreau. Ce check était une décision prudente et tout à fait respectable.